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CERCLE d' ÉTUDES du PATRIMOINE et
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30 Août 1902
Vign_Necrologie_Borriglione



Pendant la mandature de Félix Ghirardi  survint un évenement qui fit pendant quelques jours de Sospel le centre d’intérêt de la France : le décès à son domicile familial de Sospel
du sénateur Alfred Borriglione le 29 août 1902.
Nous reproduisons ci-après un extrait du Petit Niçois du 31 août 1902

(source ADAM Presse ancienne)

qui relate les obsèques à Sospel le 30 août avant son transfert à Nice :


« Les funérailles de M. Borriglione à Sospel ont donné lieu à une
inoubliable manifestation de respectueuse et affectueuse sympathie de la part de toute une population plongée dans le deuil par la mort d’un concitoyen qui n’était pas seulement pour elle un représentant dévoué, mais encore un bienfaiteur et un ami.

C’est au milieu de tous les habitants de Sospel et de très nombreux représentants des communes de la montagne que la dépouille mortelle du regretté sénateur a été transportée à 4 heures de la maison mortuaire à l’église où l’archiprêtre lui a donné l’absoute.

.
Un piquet du 27e Bataillon de Chasseurs Alpins rendait les honneurs.
27eme bataillon de chasseurs alpins rendait les honneurs et tous les offi­ciers de la garnison assistaient à la céré­monie.
Le deuil était conduit par MM. Dominique Durandy et Jules Letainturier, gendres du dé­funt, et par MM. le capitaine Piéri, du 6eme bataillon de chasseurs et Auguste Borriglione..
Dans le cortège on remarquait : M. le Maire et les membres du Conseil municipal de Sos­pel ;
les Conseils municipaux de Moulinet et Castillon ; des délégations nombreuses de Breil, l'Escarène,Menton, Monti, Castellar, Luceram, Ste-Agnès, etc. ;
toutes les Sociétés locales, drapeaux en tête. Des membres de ces Sociétés portaient à bras de riches cou­ronnes et de magnifiques bouquets.

Précédé par la Lyre Sospelloise, jouant des airs funèbres, le cortège s'est dirigé vers le cimetière dans l'ordre suivant : Les fonction­naires de la localité ; la douane, la gendarme­rie, les facteurs des postes, les cantonniers ; la Société de secours mutuels, la Société ou­vrière, la Société des
cordonniers ; la Bienfai­sance; les Anciens combattants de 1870-1871 ; le Syndicat agricole ; le Syndicat cantonal d'agriculture ; la Société « La Jeunesse de Moulinet» .
A l'arrivée au cimetière, M. le maire de Sospel prononce le discours suivant, au milieu de l'émotion générale :

« Messieurs,
Comme chef de l'administration municipale de Sospel, j'ai le devoir de me faire l'interprète des sentiment de cette population, en présence de la catastrophe qui nous a dérobé d'une manière si foudroyante et inattendue, la grande figure de notre illustre concitoyen, le sénateur Borriglione.
Nous avons tous été témoins de la douloureuse anxiété qui s'est appesantie sur toutes les classes de la population lorsque la première nouvelle s'est répandue que l'indisposition de Monsieur Borriglione s'était aggravée et qu'un malheur pouvait nous priver de la puissante protection dont il nous couvrait depuis plus d'un quart de siècle.
Issu d'une famille des plus anciennes et distinguées de Sospel, mais fils de ses oeuvres, après une jeunesse laborieuse employée au barreau de Nice, par le seul ascendant que lui assuraient son talent et son amour du bien public, il avait de bonne heure conquis tous les suffrages de la  population de Sospel  qui le porta d'abord au Conseil du Département et peu d temps  après à la Chambre des Députés, qu'il n'a quittée que pour entrer au Sénat. Dans toutes ces charges, il n'a jamais oublié sa chère ville de Sospel.
Hélas ! dans l'espace de peu de jours cette grande figure, qui honorait hautement notre pays, nous a été enlevée et il ne nous reste qu'à lui exprimer notre attachement par nos regrets.
Dors en paix, ô noble cœur qui a tant aimé la ville de Sospel.
Tes concitoyens ne pourront jamais oublier tous les bienfaits dont tu les as comblés.»

Le discours de l'honorable maire de Sospel, prononcé d'une voix émue, a produit une profonde impression.

M. le maire du Moulinet s'est avancé à son tour près du cercueil du regretté sénateur et a pris la parole en ces termes :

Mesdames, Messieurs,

Dans une circonstance aussi grave que celle qui nous assembla aujourd'hui autour de ce cercueil, la commune de Moulinet a bien voulu me confier le triste privilège, et je m'en fais un impérieux devoir, d'ap­porter à notre regretté sénateur et conseiller générai son tribut d'hommages, de regrets éternels et de re­connaissance vivace.

Ce que fut M. Borriglione, point n'est besoin de tous lerappeler ici longuement. Son souvenir impé­rissable, que sa générosité et sa magnanimité ont gravé dans notre cœur, est plus éloquent que tous les panégyriques.
Des  personnes plus  autorisées que moi vous ont tracé et vous retraceront le passé de cet homme fon­cièrement bon que fut M. Borriglione.

Son passé pour nous, ne fut point de ceux qui appellent la houle continuelle des passions politiques, mais plutôt le souvenir d'un homme de profonde énergie et d'un prestige qui n'avaient d’égale que sa modestie. Sa popularité, il l’a tint à juste titre de cette rare ai liante de toutes vertus qui inspirent aux grands le respect, aux petits l'amour, à tous sans distinction ce sentiment qu’on ne maîtrise pas : l’admiration.
Oui,  dans la tourmente politique où il s'est trouvé mêlé pendant 32 ans, l'unité, la grandeur de notre patrie et le bien-être du peuple ont toujours été son double objectif. Pionnier de la République et de la première heure, son nom s'associe involontairement dans la pensée à ceux glorieux de Gambetta et de Jules Ferry. Son profond attachement à la démocratie, qu'il n'a cessé d'affirmer hautement en toute circons­tance par son altitude franchement républicaine et par ses votes au Conseil général, à la Chambre des députés et au Sénat n'ont pas peu contribué à faire de notre département le Benjamin de la France.
Sa force il la puisait dans cette rare dualité de l’Âme qu'il possédait au plus haut point et fait que nous voyons en lui l'aigle qui plane invariablement dans les hautes sphères, où patriotisme et l'homme du peuple, aimant le peuple d'un amour vrai et efficace, une affabilité rave, un abord facile et agréable : voilà ce qui le rapprochait de l'ouvrier et l'en faisait aimer.

Au lendemain des luttes. électorales, que d'égarés, au cœur rempli d'effroi, courbaient déjà le front sous le reproche de leur conscience et redoutaient que sa main de fer ne s'appesantit sur eux ! Cette main de fer ne se tendait vers eux que pour les confondre, les rassurer et les tirer d'embarras à l'occasion. Cette ma­gnanimité ne lui a-t-elle pas valu parfois des repro­ches de ses amis ? Mais que lui importait : être bon, être serviable et juste, c'était sa devise.

Je l'ai dit : pendant 32 ans, le canton de Sospel a affirmé sur son nom son attachements à la République.
Nous avons vu, dés 1870, la 17ère circonscription de Nice confirmer cette confiance à l'homme que nous avions choisi et depuis, tour à tour député et sénateur du département des Alpes-Maritimes, M. Borriglione n'a cessé de capter notre sympathie.

Nous l'avons vu à l'œuvre. Que d'énergie, que de force, de travail, n'a-t-il pas dépensés sans compter pour augmenter notre bien être!
Notre canton, qu'il affectionnait particulièrement, n'en est plus à compter ses bienfaits sous toutes les formes. La sollicitude avec laquelle il aidait les communes dans leurs travaux et le dévouement qu'il a mis à faire triompher leur cause au sein du Conseil général et du Gouvernement nous le rendaient précieux à juste titre.

L'agriculture, menacée, a trouvé en lui un défen­seur inlassable. Nos voies de communications se sont accrues grâce à l'influence qu'il a mise à notre service, encourageant ainsi le commerce et l'industrie lo­caux.

Enfin, malgré les multiples occupations que lui pro­curait son double mandat de conseiller général et de sénateur, M. Borriglione trouvait encore le temps de rendre une foule de services et une foule de gens que sa haute situation politique faisait se recom­mander à lui.

Sa disparition de la scène du monda creuse autour de nous un vide insondable ; il était un de ces hom­mes à qui on succède, mais qu'on ne remplace pas.

Puisse le sentiment de douleur commune et profonde qui nous atteint à cette heure atténuer, s'il se peut, la désolation de celles qui pleurent en lui un époux et un père.

Au nom de la commune de Moulinet reconnaissante à notre regretté sénateur et conseiller général, je dis un dernier et suprême adieu.»

Enfin. M. le juge de paix a adressé un der­nier adieu à celui dont- le département tout entier pleure la disparition.
Bien des larmes ont coulé pendant que les orateurs parlaient. La douleur de tous ces braves gens étaient vraiment touchante.
Le cercueil a été ensuite placé dans le reposoir du cimetière.
Les fermiers du regretté sénateur et la population ont veillé le corps jusqu’à l’heure où il a été transporté à Nice. Á la Mairie, le drapeau était en berne et cravaté de crêpe. De nombreux autres établissements et maisons étaient également ornés de drapeaux en deuil. Tous les magasins avaient été fermés.
Après la cérémonie funèbre au cimetière, des secours ont été distribués aux indigents à la villa Borriglione.»


Ainsi que nous le disions hier, avant les obsèques, le corps est resté exposé dans une chapelle ardente, magnifiquement ornée de couronnés et de fleurs apportées  par les di­verses délégations elles nombreux amis du regretté défunt.

Le défilé de toutes les délégations, de tous les habitants de Sospel devant la dépouille mortelle de M. Borriglione, à qui chacun vou­lait adresser un dernier adieu, n'a pas été la partie la moins émouvante de la grandiose cé­rémonie.
Car ceux qui s'inclinaient devant le cercueil avaient été, à même d'apprécier les qualités bienveillantes de M. Borriglione ; beaucoup pleuraient un bienfaiteur, tous un ami.

Le corps et la famille partent cette nuit de Sospel, via l'Escarène, pour arriver ce matin à Nice, où seront célébrées les funérailles.

LES FUNÉRAILLES A NICE

Ainsi que nous l'avons dit hier, les funérail­les de M. Alfred Borriglione auront lieu à Nice aujourd'hui dimanche 3I courant, à 8 heures du matin.

On se réunira place Masséna, 9, où le corps du regretté défunt sera transporté le matin même.

C'est à l'église Saint-François-de-Paule que sera célébré le service funèbre, puis le cortège se rendra au cimetière du Château.


Petit Niçois - 31 août 1902
(source Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)  Presse ancienne numérisée)




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